« Le signe de la paix »
Il existe une pédagogie du toucher dans le Temps pascal. L’évangile qui ouvre la semaine de Pâques évoque Marie-Madeleine et son désir de toucher les pieds du Ressuscité. Celui qui la conclut, huit jours plus tard, évoque également ce désir : celui de Thomas et de sa foi, suspendue à la possibilité de toucher le corps de Jésus.
Geste paradoxal. Car le corps vers lequel se tendent les mains des disciples se dérobent à l’emprise. Le Ressuscité est tout proche. Et pourtant, il se retire, dans un mouvement qui anime l’esprit du Temps pascal et culmine dans la fête de l’Ascension. Il se dessine ainsi un arc entre la Résurrection et l’Ascension – entre un désir de toucher encore motivé par l’habitude de la disponibilité physique de Jésus et un toucher obéissant à une autre loi. La proximité change de sens. La présence aussi. À l’Ascension, Jésus ne s’éloigne pas de nous. Ce que cette fête veut nous apprendre, c’est que la proximité qui rend possible le toucher ne dépend plus de la présence physique. N’en a jamais dépendu. Être proche signifie être attentif à l’autre – faire attention à lui, dans une intentionnalité du cœur qui habite déjà Marie-Madeleine et Thomas mais qui conserve encore une pesanteur dans laquelle nous reconnaissons la nôtre aussi.
Cette pédagogie pascale du toucher, et de l’intention qui doit l’animer, nous trouvons l’occasion de sa mise en œuvre dans l’échange du signe de paix, restauré par la réforme liturgique de Vatican II. Comme Marie-Madeleine, comme Thomas, nous sommes invités à tendre notre main – à toucher notre prochain. Bientôt, très vite, ces paumes qui ont touché un frère ou une sœur toucheront un autre corps : celui de Jésus. Que nous apprend le rapprochement de ces deux touchers ? Que le geste de paix que nous offrons doit être animé et habité par ce qui conditionne toute proximité authentique : la charité.
Grégory Solari
