« Élevons notre coeur «
Un dialogue ouvre la Prière eucharistique à l’issue de la préparation des dons. Nous y trouvons l’expression ancienne du caractère synodal de la célébration, attestée dans les premiers formulaires liturgiques et partagée par d’autres rites en Occident et en Orient. Ce que souligne ce moment dialogal, c’est que le célébrant n’agit pas seul : il appelle et l’assemblée répond, signifiant ainsi que l’action de grâce eucharistique est portée par toute la communauté.
Trois mots s’en détachent : « Élevons notre cœur ». Pourquoi le cœur ? Parce que la liturgie requiert que notre attention soit accordée avec intelligence à l’intention qui anime la prière de l’Église, exprimée par le contenu théologique de la Préface, puis par le chant angélique du Sanctus. Il s’agit de se rendre présent à ce qui motive la célébration afin d’exercer notre sacerdoce baptismal de manière consciente – à hauteur de la « participation active » des fidèles voulue par la réforme de Vatican II. C’est le sens que recouvre cette élévation du cœur quand nous la rapprochons du Sanctus auquel abouti cette séquence de la célébration.
Ce que désigne le mot « saint » en hébreu (kadosh), c’est la séparation requise entre l’apparent et le réel ou le factice et le vrai dans notre rapport avec Dieu et autrui. Sous ce jour, l’appel à « élever notre cœur » revient à un acte de discernement. Il s’agit de purifier notre intention pour nous tourner en vérité « vers le Seigneur » – vers le Père à qui va s’adresser la Prière eucharistique –, mais sans détourner notre attention de nos frères et sœurs dans l’assemblée, et au-delà.
En quelques mots, le dialogue entre le célébrant et l’assemblée qui précède le chant des séraphins (cf. Isaïe 6, 3) nous rappelle ainsi que la communion des cœurs constitue le critère authentique de toute célébration. Ici comme ailleurs, la liturgie nous interdit tout angélisme.
Grégory Solari
